Sainte-Rita, l’église des animaux, est menacée mais les fidèles croient au miracle

    La petite église parisienne de Sainte-Rita, où sont bénis des centaines d’animaux chaque année, doit être démolie pour laisser la place à des logements sociaux, mais ses paroissiens se mobilisent et veulent croire «au miracle».

    Capture Google Map

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    «Sauvons la paroisse. Oui à la liberté religieuse » : des banderoles ont été déployées sur les grilles de l’édifice, dans le XVe arrondissement de la capitale, en riposte aux avis de démolition affichés à la hâte en début de semaine.
    Et les paroissiens, réunis pour la grand-messe dominicale, ne décolèrent pas. «Une honte», «un scandale», «on gardera notre église, ici on croit au miracle», entend-on dans la nef qui accueille une centaine de fidèles, certains avec leur animal de compagnie. L’église est l’une des rares en France à accepter que les animaux assistent aux offices.
    «Mon perroquet a un petit coup de mou alors je l’ai amené», raconte Mauricette. François fait 80 kilomètres tous les dimanches pour venir avec Venus, un caniche qui porte sur son dos une pancarte: «Touche pas à mon Eglise».
    «Certains viennent avec la photo ou le collier de leur chien décédé. Les bêtes ont leur bon Dieu, pourquoi le leur enlever ?», interroge Lucie.
    L’église catholique gallicane, qui célèbre la messe en latin, est très populaire. «Le culte de Sainte-Rita, patronne des causes désespérées, attire des fidèles du monde entier», relève Mgr Dominique Philippe, archevêque catholique gallican de Paris, qui officie depuis 29 ans dans cette paroisse. «Un couple vient exprès de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) tous les dimanches. Des Chinois, des Américains, des Japonais veulent absolument se marier chez nous», raconte-t-il.
    L’église est surtout célèbre pour sa bénédiction annuelle des animaux qui attire, chaque premier dimanche de novembre, 900 adeptes. «Une paroissienne vient avec son chien du Jura en taxi car celui-ci ne supporte pas le train, une autre de Normandie avec ses quatre furets. J’ai béni des zèbres, des dromadaires, des lamas, des tortues et même un bébé tigre», s’amuse l’archevêque qui a repris en 1988 l’édifice, alors fermé depuis douze ans.

    Manif le 15 mars
    300 baptêmes et mariages ont été célébrés l’année dernière à Sainte-Rita et des personnalités du monde politique et du spectacle la fréquentent.
    Mais les ennuis débutent il y a deux ans. Le propriétaire de l’époque, l’association cultuelle des Chapelles catholiques et apostoliques, entame une procédure d’expulsion des occupants avant de vendre le lieu à un promoteur.
    Le bâtiment, non classé, est jugé sans intérêt patrimonial ou architectural par la commission du Vieux Paris, qui rend des avis sur le patrimoine et l’urbanisme de la capitale. Le permis de démolir est délivré.
    «Pour acheter l’édifice, il faudrait réunir 3,3 millions d’euros. C’est impossible. J’espère trouver les fonds pour un local plus modeste», souligne Mgr Philippe.
    Durant l’office, il interpelle les fidèles sur la menace qui pèse. «Dieu veut que nous gardions notre église et que nous ne soyons pas des errants», lance-t-il, levant les mains au ciel.
    Les paroissiens gardent espoir. Le tribunal administratif de Paris doit se prononcer le 11 mars sur la requête de l’association de défense de Sainte-Rita qui a attaqué les permis de démolir et de construire.
    «Nous allons écrire à Manuel Valls (ministre de l’Intérieur et des Cultes, ndlr), puis éventuellement déposer un référé-liberté au nom du principe de la liberté religieuse», assure François Lusinchi, président de l’association. «Si ce lieu ferme, les paroissiens qui veulent suivre le culte catholique gallican devront aller à Bordeaux ou en Belgique», déplore-t-il.
    Le maire du XVe arrondissement, Philippe Goujon (UMP), a saisi la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) pour qu’elle attribue au bâtiment le label: «Patrimoine culturel du XXe siècle». «Détruire une église, c’est un acte d’une violence inouïe», estime l’édile.
    En attendant, une manifestation de soutien qui rassemblera fidèles et animaux est prévue le 15 mars sur le parvis de l’Hôtel de Ville.
    A Paris, deux autres églises sont menacées de destruction: l’église Saint-Joseph-des-Artisans (Xe) et la chapelle de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul (XIVe).

    Le Progrès

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