Paris. Forte mobilisation pour sauver l’église Sainte Rita de la démolition

    Coincée entre l’annexe de l’Unesco et des immeubles modernes hideux, l’église Sainte Rita est un monument très particulier à Paris. Construite en 1900, celle qui est l’une des rares églises néogothiques de Paris, est aussi au cœur d’un bras de fer non moins étrange qui dure depuis des années. Aujourd’hui, elle est menacée par les pelleteuses. Sa démolition est une question de jours – elle devait même commencer aujourd’hui, mais la mobilisation des élus, riverains et paroissiens, avec le maire du XVe, Philippe Goujon (LR) en tête, a fait reculer les ouvriers.

    Dans le dossier de Sainte-Rita, il n’y a rien de simple, et énormément de symboles. Déjà, quoi de plus symbolique que l’on veuille se débarrasser d’une église dont la sainte patronne est vouée aux causes désespérées ? Son emplacement, voisin de l’UNESCO, gardien du patrimoine mondial, mais impuissant devant le bétonnage continu de Paris, est aussi un cruel clin d’oeil du sort. Mais cette église reste surtout connue pour ses nombreuses bénédictions d’animaux qui l’ont rendue célèbre bien au-delà de Paris.

    Paris-Sainte Rita

    Il y a aussi les zones d’ombre. Si Sainte-Rita est bien une église, Rome ne reconnaît pas ses célébrants : les gallicans, qui y célébraient le culte, sont un groupe qui s’est écarté de l’Eglise, notamment parce qu’il défend la primauté de la République sur le pape, et qu’il a plusieurs points communs avec le protestantisme, par exemple l’élection du clergé par les fidèles, la pratique libre de l’abstinence, ou le bannissement des excommunications. Du temps où l’église était ouverte au culte, deux drapeaux français encadraient l’autel.

    Il y a aussi des dissensions internes. Nicolas Stoquer, président de l’association des Arches de Sainte Rita qui se bat pour sauver l’église, nous explique la situation : « l’évêque [non reconnu par Rome] Mgr Dominique Philippe, a accepté la transaction proposée par le promoteur. Soit 150.000 € en échange de l’effacement de l’ardoise, puisque les loyers ne sont plus payés depuis la fin des années 1990 ». Il a aussi embarqué les objets du culte, dont certains l’ont été très récemment, et a été suivi par une partie des fidèles. Le propriétaire, à savoir l’Association des chapelles catholiques et apostoliques qui détient l’église depuis sa construction – ce qui explique qu’elle ait échappé à la loi de 1905 – a vendu les lieux à une SCCV rennaise  qui dépend du groupe non moins rennais Lamotte Constructeur. Celui-ci prévoit d’y construire des logements sociaux. Cependant, tout le clergé paroissial ne partage pas son avis. Samuel Pouhé, curé gallican, reste aux côtés de ses paroissiens attachés à sauver l’église : « la décision de l’évêque n’est pas la volonté de Dieu ». Avant que l’église ne soit murée, ils étaient plus de trois cents à assister aux messes, souvent accompagnés de nombreux animaux. Après, ils ont continué à maintenir la flamme, en célébrant la messe devant l’église, sur le trottoir. Et en continuant à bénir les animaux…

    «Si c’était une mosquée, on ne la détruirait pas»

    Ce matin, le 5 octobre, vers 8 h 30, plusieurs dizaines de fidèles étaient positionnés devant leur église. Edith, riveraine, estime « scandaleux qu’on casse le seul endroit qui a une âme dans ce quartier qui en a de moins en moins ». Alain fustige « la mairie centrale d’Hidalgo qui a la volonté politique de casser cette église ». Murielle trouve qu’il « n’y a aucun sens de détruire l’église pour faire des logements sociaux alors qu’elle a une grande fonction sociale ». Pierre dénonce « la faiblesse des chrétiens. Si c’était une mosquée, on ne la détruirait pas, ils sont solidaires entre eux, ils sont forts. La mairie et les bétonneurs profitent de notre lâcheté et de notre incapacité à s’entendre malgré les différences entre communautés chrétiennes pour protéger le plus important : la Foi, le patrimoine, l’héritage ».

    Vers 9 h 15, une camionnette arrive, puis un camion-benne avec des pans de clôture. Trois ouvriers moldaves, un portugais et leur chef descendent. Ils n’ont pas les clés et viennent poser la clôture pour barrer le périmètre de la future démolition. Mais les manifestants sont décidés à empêcher la démolition. Cinq minutes plus tard, arrive Philippe Goujon, le député-maire (LR) du XVe arrondissement de Paris, qui s’est toujours opposé à la démolition.

    « Nous sommes ici pour empêcher les travaux », explique-t-il, résolu, au représentant de la Préfecture de police venu aux nouvelles. « Il faudra nous expulser par la force ». Il est venu avec plusieurs élus, dont Mme Ceyrac, conseillère de Paris, et Olivier Richard, élu de l’arrondissement. Interrogé par Breizh-Info, il nous précise qu’il « vien[t] pour empêcher la destruction d’un patrimoine marqueur du quartier. J’ai toujours été contre cette destruction, j’ai donné un avis défavorable au permis, mais à Paris c’est la mairie centrale [Hidalgo] qui a le pouvoir d’accepter ou de refuser les permis. J’ai aussi demandé le label patrimoine du XXe siècle pour cette église, mais le ministère de la Culture ne m’a même pas répondu. Il y a du reste suffisamment de place dans notre bel arrondissement pour construire ailleurs des logements sociaux sans massacrer le patrimoine religieux ».

    Avocat de l’association les Arches de Sainte-Rita, Me Alexandre Cuignache nous explique que « la bataille judiciaire est toujours en cours ». Deux procédures ont été engagées, l’une devant le tribunal administratif (TA) pour contester la validité du permis – délivré en mars 2012, il est périmé à ce jour et n’a pas été prorogé – et une autre en référé devant le TA pour surseoir à la démolition, notamment parce qu’à ce jour, le désamiantage n’est pas prévu, or les voûtes sont bourrées d’amiante, comme le prouve un diagnostic réalisé par l’association. « On nage en pleine opacité », explique l’avocat : « le tribunal a ordonné une expertise et désigné un expert fin août, afin de régler la question, mais il n’a toujours pas pu intervenir car l’église est murée et le promoteur refuse de la lui ouvrir pour qu’il exécute la décision judiciaire. C’est quand même curieux… »

    Philippe Goujon et Frédéric Lefebvre. Les deux députés militent pour la préservation de l'église Sainte Rita

    Vers 10 heures, un autre soutien de poids rejoint la barricade. Ex-ministre, député LR de la première circonscription des français établis à l’étranger (Amérique du Nord), ex porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre a lancé une pétition SOS pour nos églises. Devant les médias présents – y compris un journaliste américain – il s’époumone : « Sainte Rita est l’exemple type d’une volonté politique pour détruire une église » et fustige une « tendance dramatique à la destruction de l’Histoire contre laquelle de nombreux français, même ceux qui ne sont pas croyants, se mobilisent de plus en plus». Pour remédier au « grand défi national du sauvetage du patrimoine religieux », il propose une évolution de la loi de 1905, un plan d’investissements publics et « surtout un assouplissement des règles de succession, afin de permettre aux donateurs plus de liberté pour disposer de leur bien et de rattraper notre retard dans les fondations par rapport aux pays anglo-saxons ».

    Midi. Il y a plus de journalistes dans la rue que de manifestants, la police – représentée par trois agents en civil – reste impassible et les manifestants sont résolus. Les ouvriers jettent l’éponge – leur chef, disposant des clés de l’église, ne se sera pas déplacé sur les lieux. Ils rembarquent la benne avec les éléments de clôture et s’en vont. Philippe Goujon, le député-maire du XVe arrondissement, « salue cette première victoire » mais ne désarme pas. « Nous n’avons aucune confiance dans les pouvoirs publics : nous nous relaierons donc pour empêcher que le chantier ne reprenne en douce. Il y aura des élus du quartier qui se succéderont pour veiller sur l’église ». Alors, désespérée la cause de l’église Sainte Rita ? Pas si sûr…

    Mise à jour 
    Ce mardi à 6 heures moins le quart, les ouvriers de l’entreprise SOMAG chargée de la démolition sont revenus – une heure avant l’heure légale pour commencer les chantiers à Paris (7h) –  pour tenter de reprendre leur chantier en déjouant la veille organisée par les riverains.

    Alors qu’ils posaient la palissade, des échauffourées ont éclaté entre eux et les riverains ainsi que les élus du XVe. Le maire du XVe Philippe Goujon a été menacé http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/10/06/01016-20151006ARTFIG00134-la-tension-monte-a-sainte-rita.php par les ouvriers et une de ses adjointes bousculée.

    Les deux élus ont porté plainte contre les ouvriers pour violences volontaires auprès du commissaire de police du XVe arrondissement, qui s’est déplacé sur les lieux, avec ses hommes qui ont ont obligé l’entreprise à démonter sa palissade et à emmener ses outils. Sur décision du maire et du commissaire de police du XVe, appuyés par la Préfecture de police, l’autorisation d’occuper la voirie dont bénéficiait l’entreprise de démolition a été suspendue pour « diverses infractions » dont le début du chantier avant l’heure légale, l’absence d’aménagement d’un cheminement piéton et le non-affichage du permis de démolir. Les panneaux qui interdisaient le stationnement pour cause de chantier devant l’église ont aussi été retirés.

    Par ailleurs un collectif de citoyens résolus à empêcher la démolition du patrimoine occupe l’église depuis la nuit de lundi à mardi. Alors que la justice devrait se pencher dans les jours qui viennent sur la validité du permis de construire valant permis de démolir – donné en mars 2012, il n’a pas été prorogé et est largement périmé à ce jour – la cause de l’église Sainte-Rita apparaît chaque jour moins désespérée grâce à la mobilisation de ses fidèles.

    Crédit photos  : Breizh-info.com
    [cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine. 

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