L’église Sainte Rita : Un patrimoine parisien menacé de démolition

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    Urgences Patrimoine & Les Arches de Sainte Rita

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    Sommaire

    L’église Sainte Rita, un patrimoine menacé

    Une église centenaire en passe d’être détruite sous les fenêtres de l’UNESCO

    Une histoire et une architecture singulière

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    Un témoignage de l’histoire de Paris et du 15e arrondissement

    Une église construite en même temps que l’exposition universelle de 1900

    La première église paroissiale du 15e arrondissement

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    L’église des animaux et des « derniers des Gallicans »

    Une église insolite, la seule à accueillir des animaux

    Une paroisse bien vivante

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    Protéger l’église et construire au dessus

    Une église à vendre

    Un projet innovant de construction au dessus de l’édifice

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    Les Arches de Sainte Rita est l’association de sauvegarde de l’église. Constituée de paroissiens et de riverains, elle a à cœur d’empêcher la destruction de l’édifice.

    www.lesarchesdesainterita.fr

    Urgences Patrimoine est une association qui a pour but de valoriser le patrimoine et d’agir pour sa restauration. Elle rassemble sur toute la France des bénévoles qui œuvrent pour apporter une aide technique, administrative ou financière afin de sauver notre patrimoine en péril.

    www.urgencespatrimoine.blogspot.fr

    L’église Sainte Rita, un patrimoine menacé

    Sainte Rita, église centenaire située au 27 de la rue François-Bonvin, dans le 15e arrondissement de Paris, est depuis plusieurs années menacée de destruction. Cette histoire, Sainte Rita la partage avec d’autres églises, d’autres monuments de notre patrimoine, qui ont été détruit, sont menacés ou le seront. Mais le cas de Sainte Rita est particulièrement ironique. En effet, l’église se trouve juste sous les fenêtre de l’organisation internationale qui se charge de protéger les patrimoines du monde entier : L’UNESCO. Elle partage même avec celle-ci trois de ses murs. Et pourtant, pour quelques logements et dans l’indifférence de la mairie de Paris, pelleteuses et bulldozers ont prévus de détruire ce bout de l’histoire de notre capitale.

    L’église, seul édifice religieux construit par les architectes Paul Gravereaux et Théodore Judlin, très actifs dans le 15e arrondissement, possède une histoire unique. Elle est construite en 1900 par l’Église catholique apostolique. Ces Irvingiens (du nom de leur créateur Edward Irving) sont une communauté millénariste britannique créée en 1835 et aujourd’hui quasiment disparue. C’est ce culte qui donne toute sa particularité à l’église, syncrétisme alliant des éléments anglicans, catholiques, protestants et orthodoxes, il explique une architecture néo-gothique (inspirée du gothique anglais), voire néo-roman conciliée à une certaine austérité. Une histoire qui a été malheureusement ignorée par Commission du Vieux Paris et qui la met aujourd’hui en danger puisque c’est les derniers membres de cette ancienne communauté, encore propriétaire, qui met en vente l’église quitte à la voir détruire.

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    Carte postale envoyée en 1907 et vue actuelle de l’église Sainte Rita.

    Un témoignage de l’époque 1900 et de la construction du 15e arrondissement

    En 1900, Paris est plus que jamais le centre du monde. Cette attraction explique la construction de cette petite église, bâtit par un culte pourtant marginal et très peu implanté en France. À quelques centaines de mètres de la rue François-Bonvin naît en même temps que l’édifice la plus célèbre des expositions universelles, visitée par plus de 50 millions de visiteurs (dans une France qui compte tout juste 38 millions d’habitants). C’est cette exposition, cette date, qui va marquer l’avènement de Paris en tant que plus belle ville du monde dans les imaginaires du monde entier.

    On y célèbre l’électricité que l’on sait déjà être une révolution mais que l’on commence tout juste à savoir utiliser. Mais aussi des inventions qui vont révolutionner l’architecture comme le ciment armé. Et, preuve de l’émulation engendrée par l’exposition universelle et ses technologies, l’église Sainte Rita est alors construite avec ces techniques innovantes, comme en témoigne la légèreté de ses arches.

    L’église est donc la fille de son époque, mais aussi celle de son quartier. En effet, 1900 est une date clé pour le 15e arrondissement. Créé en 1860 de l’annexion des communes de Grenelle et de Vaugirard lors de l’agrandissement de Paris, l’arrondissement n’a que 40 ans lors de la construction de l’église. Ce coin de Paris est alors en pleine transformation. D’une plaine agricole, il devient un quartier industriel. L’arrondissement que l’on connaît aujourd’hui sort de terre à cette époque. Il suffit de regarder les dates gravées sur les façades des bâtiments qui entourent l’église et s’imaginer ce qu’à du représenter la construction du métro aérien (la deuxième ligne construite) en 1903 sur le boulevard Garibaldi, situé juste derrière.

    Établie juste entre les deux anciennes communes (qui possédaient leurs églises respectives), la petite église, à échelle humaine, ou plutôt à celle du quartier en 1900, est alors la première paroisse bâtie dans ce nouvel arrondissement. Cette église est une des plus anciennes du 15e, qui n’a pas la même histoire que le centre de Paris. Sans comparaison, mais à titre d’exemple, il faut savoir que dans un autre arrondissement périphérique, le 18e, la basilique du Sacré-Cœur n’a été consacrée, inaugurée, qu’en 1919.

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    Une perspective de la rue Francs-Bonvin qui n’a pas beaucoup changé depuis l’envoi de cette carte postale en 1905 et où l’on reconnaît l’église sur la droite. Déjà il y a 110 ans se trouvait à l’entrée de la rue une banque et une pharmacie.

    L’église des animaux et des « derniers des gallicans »

    L’église Sainte-Rita est surtout connue pour avoir sa page dans les guides touristiques du Paris insolite. Tous les ans, en novembre, elle organise une bénédiction des animaux. A cette occasion Sainte Rita se transforme en véritable arche de Noé. Chats, chiens, lapins, perroquets, chevaux, tortues, poissons mais aussi lamas, zèbres, dromadaires et même un tigre sont venus de toute la France se faire bénir à l’intérieur de l’église. Cet événement rassemble alors un millier de personnes et attire des croyants et des médias du monde entier.

    Parce qu’elle est Gallicane depuis 19871, Sainte Rita est la seule église en France à accueillir les animaux. Le gallicanisme est une branche du catholicisme qui trouve ses racines dans l’histoire de France. Très proche du catholicisme romain, elle se distingue surtout par son indépendance vis-à-vis du Pape qu’elle reconnaît par ailleurs. Ce chemin qui date de Philippe le Bel et de ses rivalités avec la papauté au XIVe siècle s’est séparé de l’église Catholique avec la Révolution et son « Église constitutionnelle » instituée en 1790. Cette église était alors inspirée par un bas-clergé prônant le gouvernement démocratique des communautés paroissiales et certains ont décidés de continuer sur cette voie lorsqu’en 1801 Napoléon négocie un concordat avec le Saint-Siège qui durera jusqu’en 1905 et l’avènement de la laïcité. Aujourd’hui les paroisses gallicanes et leurs drapeaux tricolores autour de l’autel se comptent sur le bouts des doigts et « les derniers de gallicans » selon la formule de Libération sont ainsi connus pour leur liberté d’appréciation du culte catholique : accueil des animaux mais aussi cérémonie en mémoire de de Michael Jackson, bénédictions des motards ou des reporters.

    Aujourd’hui l’église Sainte Rita est la seule dans la région permettant de vivre ce culte. La détruire reviendrait à condamner une Église vivante. Chaque année, 300 baptêmes et 200 mariages y sont célébrés par l’archevêque Mgr Philippe, ce qui en fait donc techniquement la plus petite cathédrale de Paris et sûrement de France.

    1*/ L’église était alors à l’abandon depuis plusieurs décennies.

    © John Van Hasselt/Corbis

    Protéger l’église et construire au dessus

    L’église pourtant construite avant la loi de 1905 (qui a nationalisé la plupart des églises) n’appartient pas à l’état puisqu’elle n’a jamais appartenu à l’Église Catholique Romaine. Mise en vente aujourd’hui par une association domiciliée en Belgique, « coquille vide » de la communauté à laquelle elle a appartenu, l’église est promise à la destruction par le promoteur immobilier qui compte l’acheter pour construire sur la petite parcelle logements et parkings. Sommés de quitter les lieux, la paroisse et l’association « Les Arches de Sainte Rita » sont désormais dans l’illégalité et continuent à occuper l’église.

    Alors que Paris s’apprête à accueillir une autre exposition universelle en 2025 et que la mairie tente de « réinventer Paris »1 les défenseurs de l’église, ses architectes et urbanistes ont le projet innovant de sauver l’église en construisant au dessus de l’édifice. Pour la première fois patrimoine et logements ne seraient plus en contradiction puisque quatre étages d’habitations sont prévus dans un plan financier qui permettrait le rachat de l’église. Cette construction, en adéquation avec la volonté de la mairie de Paris de surélévation des petits bâtiments pourrait être une vitrine idéale du Paris de demain. Dans le contexte d’un nouveau PLU en cours d’élaboration, les défenseurs de Sainte Rita espèrent maintenant pouvoir ouvrir un dialogue autour de ce projet avant qu’il ne soit trop tard pour sauver la petite église.

    1*/ www.reinventer.paris, appels à projets urbains innovants portant sur 23 sites parisiens.

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    © Cellette/Wikimedia Commons

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