L’église Sainte-Rita pour les Animaux bientôt démolie ?

    Caniches, teckel, chihuahua et chien-loup, accompagnés de leurs maîtres, se sont rassemblés dans le centre de Paris samedi pour exiger de sauver l’église gallicane Sainte-Rita, célèbre pour accueillir les animaux et vouée à la démolition.

    Sur la façade ensoleillée de la petite église catholique gallicane Sainte-Rita, dans le 15e arrondissement parisien, la bannière tendue “Non à la démolition de la paroisse Sainte-Rita” semble défier la pancarte de permis de démolition qui jonche le parvis. Pourtant, ni Sainte-Rita, patronne des causes désespérées, ni la mobilisation active des fidèles n’auront pu empêcher la décision du tribunal administratif de Paris qui a rejeté, mardi 11 mars, le recours déposé par l’association de défense de Sainte-Rita contre la démolition et, par conséquent, l’expulsion des paroissiens. En lieu et place de l’église seront construits une vingtaine de logements sociaux et des parkings.

    Le tribunal a résilié le bail et donné six mois aux occupants pour quitter les lieux. “A défaut, tous les occupants pourront en être expulsés, au besoin avec l’aide de la force publique”, peut-on lire dans le jugement. Par ailleurs, l’église gallicane a été condamnée à payer 19 486 euros d’arriérés de loyer.

    Un drame pour les nombreux fidèles qui parcourent des centaines de kilomètres, chaque dimanche, accompagnés de leur chiens, chats, oiseaux, lapins ou furets pour se rendre à Sainte-Rita : la paroisse est l’une des rares, en France, à permettre la présence des animaux de compagnie durant l’office.

    Mais elle est encore plus célèbre pour sa bénédiction de tous les animaux, chaque premier dimanche de novembre lors de la messe de Saint-François d’Assise, patron des bêtes, qui attire presque un millier de fidèles. Lamas, dromadaires, zèbres, perroquets, singes et même tigres y ont été bénis par Mgr Dominique Philippe, archevêque catholique gallican de Paris qui officie depuis vingt-neuf ans à Sainte-Rita, hors de l’autorité du Vatican. Le religieux a repris l’édifice en 1988, alors que celui-ci était fermé depuis douze ans.

    SIGNER-LA-PETITION

    Histoire de l’église

    Edifice néogothique bâti en 1900, l’église Sainte-Rita est la propriété de l’association des chapelles catholiques et apostoliques, dont le président, Guy Plichon, vit en Belgique. En 1987, alors que le bâtiment est inoccupé depuis plusieurs années, l’association décide de le louer à l’église gallicane de Mgr Philippe. Neuf années plus tard, un bail en bonne et due forme est rédigé entre les deux parties. Montant du loyer : 1 000 francs par mois, une somme dérisoire. L’église gallicane, qui dit vivre uniquement de “dons”, ne s’en acquitte qu’avec parcimonie. En tout et pour tout, elle a versé, depuis 1999, 1 300 euros. En 2010, volte-face des propriétaires : ils réclament d’abord plus de 47 000 euros d’arriérés de loyer, avant, le 20 août 2010, de signer une promesse de vente sur le bâtiment avec une première société immobilière, l’Océane. Montant de la transaction : 3,3 millions d’euros pour 421 m² de surface au sol.

    Accusations d’exorcisme

    Une “belle opération” pour les “trois membres” de l’association vendeuse, dénonce Jean-Marc Fédida, avocat de l’église gallicane. “Tout a été mené au mépris absolu des droits des occupants”, ajoute-t-il, dénonçant la signature d’une promesse de vente alors qu’un bail “tacite” avait toujours cours, et qu’aucun congé n’avait été donné aux locataires. “Et puis, ce n’est pas une boîte de nuit, mais une église ! On parle quand même d’un édifice à cette place depuis plus de cent ans.” Un argument qui n’a pas convaincu la commission du vieux Paris. En 2010, l’instance a jugé que “l’architecture néogothique très tardive et sans qualité particulière, spatiale, décorative ou constructive [de l’église], ne mérite pas de protection patrimoniale”.

    Les échanges volent parfois plus bas. Dans un courrier envoyé à Philippe Goujon, maire du XVe arrondissement, un représentant de la société l’Océane écrit qu'”une des particularités de l’église gallicane est de se livrer à l’exorcisme sur ses membres”. Des messes noires à Sainte-Rita ? Pas du tout, rétorque Dominique Philippe : “Quand les gens disent qu’ils sont possédés, je prie juste avec eux, rien de plus.”

    L’avocate des causes désespérées invoquée

    L’affaire ne s’arrête pas là. Elle se complique, même, avec l’irruption d’un nouvel acteur dans l’opération de rachat. En difficulté financière, l’Océane a en effet décidé, début 2014, de transférer son dossier à l’entreprise Lamotte, société immobilière de l’ouest de la France, aux reins bien plus solides. Désormais titulaire d’un compromis de vente, celle-ci estime avoir le droit pour elle : “On reste dans la procédure pour racheter les lieux, explique un responsable de Lamotte. Il y a deux conditions suspensives : l’obtention du permis de construire d’ici à la fin de l’année et l’expulsion des occupants.” Autrement dit : à force de traîner, l’affaire pourrait capoter.

    Doit-on aussi se préparer à l’éventualité d’assister, d’ici quelques mois, à l’évacuation manu militari de l’évêque Philippe, sous les yeux apeurés de ses amis les animaux ? Le religieux ne perd pas la foi. “Je me dis que Sainte-Rita va faire quelque chose. C’est l’avocate des causes désespérées. On est bien une cause désespérée, non ? Elle ne peut pas nous abandonner.” Outre les prières, les paroissiens peuvent compter sur la mobilisation organisée par François Lusinchi. Cet ancien candidat aux élections législatives de 2007 sous l’étiquette du Mouvement national républicain de Brunot Mégret, aujourd’hui sur une liste UMP pour la prochaine élection municipale à Fosses (95), dirige l’association de la paroisse Sainte-Rita.

    A contrario, le numéro deux sur la liste d’Anne Hidalgo, Claude Dargent, s’est déclaré “favorable au principe d’une opération de logements sur cette parcelle là (…) Sainte Rita est une église qui relève d’un culte qui n’est pas l’église catholique (…) qui n’entre [donc] pas dans la loi de 1905 “.

    Bill Gates ou le Qatar

    Mgr Dominique Philippe a toujours été conscient qu’il n’avait pas les moyens de réunir les 3,3 millions d’euros nécessaires au rachat des lieux. Résigné plutôt qu’irascible, il préfère préparer la suite et espère trouver les fonds pour acheter un local abordable sur Paris. “Rien d’accessible pour l’instant”, déplore-t-il. De quoi commencer à sérieusement s’inquiéter pour le devenir des trente mariages prévus d’ici l’été. “Des américains, des japonais, des chinois veulent se marier chez nous. Que va-t-on faire ?”, s’interroge-t-il. Sans compter la célèbre messe des motards, chaque été.

    Mais la décision du tribunal n’arrêtera sûrement pas François Lusinchi, président de l’Association Paroisse Sainte-Rita qui, quelques heures avant son rendu, croyait encore en la possibilité de racheter la paroisse grâce à un large appel au don sur Internet. “Quelques personnes anonymes ont déjà envoyé des chèques de 500€ après avoir entendu parler de notre situation”, s’étonne presque Mgr Dominique Philippe.

    Si les dons ne suffisent pas, François Lusinchi assure qu’il fera appel à d’autres généreux donateurs : “Je me suis renseigné pour faire appel à la fondation de Bill Gates ou pour demander de l’aide au Qatar : ils ont racheté le PSG, ils peuvent bien racheter une église à 3 millions”. Pour ce paroissien qui parcourt 15 kilomètres chaque dimanche avec Venus, son caniche, pour assister à l’office, démolir Sainte-Rita et y établir un immeuble à la place reviendrait à “tuer toute l’âme du village qu’est la rue François-Bonvin”, qui perdrait ainsi “son cachet”.

    “Nous n’allons pas nous laisser faire et allons faire appel de la décision qui porte atteinte à notre liberté religieuse”, a-t-il ensuite déclaré.

    Sources et articles à lire : Le Monde et Libération

     


    L’église des animaux menacée de démolition par liberation

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