L’église parisienne Sainte-Rita démolie lundi

    L’association de défense des paroissiens et de l’église a saisi en urgence le tribunal administratif de Paris pour demander l’annulation du permis de construire et sauver ainsi l’édifice.

    Après deux années d’une forte contestation et mobilisation du quartier pour la sauver, l’église Sainte-Rita s’apprête à être rasée. Lundi prochain, cette paroisse vivante du XVème arrondissement de Paris, où se pressent riverains et pèlerins du monde entier pour prier la patronne des causes perdues, également célèbre pour sa messe des animaux, sera démolie pour y construire parking et logements sociaux. «Elle n’a même pas été désacralisée!», s’indignent des riverains. «Les pelleteuses commenceront le travail lundi», confirme un officier de police au commissariat de quartier, prenant de court l’association de défense des paroissiens et de l’église, Les Arches de Sainte-Rita. Mercredi, des panneaux d’interdiction de stationner à compter du lundi 5 octobre ont été installés devant l’église par les services de la voirie, et un périmètre de sécurité avec emprise sur la chaussée a été dressé par les services de la préfecture de police de Paris. Un périmètre qui, avec une certaine ironie, empiète sur l’enceinte de l’Unesco, vigie internationale de la protection du patrimoine, propriétaire du terrain mitoyen de cette église construite en 1900 pour l’exposition universelle. Ces derniers jours, Philippe Goujon, le maire (LR) du XVème arrondissement, a adressé un courrier à cette organisation des Nations unies pour «l’enjoindre à ne pas prêter son concours à cette démolition», indique une source proche du dossier. Sans réponse.

    Une messe sur le trottoir

    Même silence du côté de la mairie de Paris et de la préfecture de police, à qui les avocats des Arches de Sainte-Rita ont demandé depuis des semaines de constater la caducité du permis de construire, entraînant de facto celle du permis de démolition. En effet, ce permis délivré par la mairie en mars 2012 au promoteur nantais qui avait racheté l’église au propriétaire belge pour 3,3 millions d’euros, n’est plus valide selon la loi: celle-ci précise que si les travaux n’ont pas débuté dans les deux ans après son obtention, il n’est plus valable.

    Face à l’urgence, et après maints recours en justice depuis deux ans, l’association de défense de Sainte-Rita lance aujourd’hui ses dernières flèches juridiques. Elle saisit en urgence le tribunal administratif de Paris pour demander l’annulation du permis de construire et «contraindre les autorités municipales et préfectorales à appliquer la loi», s’emporte Nicolas Stoquer, président délégué de l’association. Autre corde aux Arches de Sainte-Rita: l’amiante, qui serait présente dans l’édifice et qui, toujours selon la loi, doit faire l’objet d’un désamiantage avant toute démolition. Un rapport de 50 pages réalisé par un organisme indépendant pour les Arches de Sainte-Rita vient d’attester de sa présence sur toutes les voûtes, tandis que le propriétaire, détenteur d’un premier rapport, délivré lors de la promesse de vente il y a deux ans, la conteste. Si ce dernier a demandé des mesures d’expertise récentes, il a pourtant engagé la démolition sans attendre les résultats de l’expert nommé par le Tribunal de Grande Instance de Paris. Pour le quartier, c’est «un enjeu de santé publique» qui «soulève irrévocablement la responsabilité pénale de la maire de Paris», prévient un des défenseurs de l’église. «Surtout à ciel ouvert, c’est un vrai danger pour les riverains et les ouvriers chargés de la démolition!», précise-t-il en indiquant avoir aussi saisi l’inspection du travail.

    Devant les mâchoires menaçantes des pelleteuses, la mobilisation des paroissiens et riverains reste entière. Ils leur feront face lundi dès l’aube, en organisant «un blocus», si les recours juridiques échouent. Ils seront aussi présents la veille, journée mondiale des animaux où, pour cette Saint François d’Assise, une messe sera célébrée pour eux sur le trottoir. Des «offices de rue» auxquels les habitants sont habitués, depuis que l’église a été murée en mai dernier.

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